Présentation géographique

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 Localisation

Les deux communes d'Aleu et Soulan font aujourd'hui partie du canton de Massat, arrondissement de Saint-Girons, département de l'Ariège. Jusqu'en 1789, elles formaient la seigneurie de Soulan (ou de Solan), qui tire son nom de soulane qui désigne une estive ensoleillée. Aucun village ne porte le nom de la commune.
Dans la présente étude, « Soulan » désignera l'ensemble de la vallée (ou de la seigneurie) de Soulan, sans distinguer les deux communes sauf mention particulière.

Ces communes sont bordées :
 - à l'est, par celle de Biert ;
 - au nord, par celle de Rivèrenert ;
 - à l'ouest, par celle d'Erp ;
 - au sud-ouest, par celles de Soueix, Oust et Ercé.

Le canton de Massat correspond au bassin de la rivière Arac, qui se jette dans le Salat à la frontière des communes d'Erp, Soulan et Soueix. Ce bassin est entouré de tous côtés par des montagnes, et la vallée de l'Arac traverse deux étranglements pratiquement inhabités :
 - les gorges de Peyremale (littéralement « mauvaises pierres »),
 - les gorges de Ribaute (ou Ribaouté, « rives hautes »),
situés respectivement en amont et en aval de Soulan.

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 Relief et nature des sols

L'estive qui a valu son nom à Soulan est un plateau enserré dans une ligne de crête en forme de fer à cheval ouvert au sud-est. Sur le côté nord, ce fer à cheval culmine au tuc de La Courate (1421 m), se prolonge vers l'ouest par le pic de Calamane, puis vers le sud par le cap des Espinassières, point culminant de la montagne de La Rouère. Le côté ouvert du fer, au sud-est, tombe progressivement sur la vallée de l'Arac, évasée uniquement au centre de la seigneurie, et étranglée de part et d'autre par les gorges de Peyremale et de Ribaute. La rive opposée de l'Arac est dominée par le Talapent, cône dénudé haut de 995 m, au sud duquel les deux ruisseaux d'Aleu et de Régule dessinent deux vallons parallèles.

 

 Photographie
de la carte en relief
éditée par l'IGN.

La carte de Cassini comporte plusieurs inexactitudes et n'a de ce fait pas été reprise ici : les noms de plusieurs hameaux y ont été intervertis (c'est le cas de pratiquement tous ceux d'Aleu), et la route du fond de la vallée y figure alors qu'elle n'était qu'en projet.

 Ci-dessous : le plateau de Soulan vu depuis la montagne de La Rouère, côté ouest du fer à cheval. En arrière-plan, on distingue : à gauche les contreforts du tuc de La Courate, au centre les gorges sinueuses de Peyremale dominées à leur droite par le Talapent. Le village que l'on aperçoit en bas de l'image et qui semble coupé en deux est celui de Ségalas.
 

Citons quelques altitudes : l'estive est en moyenne à 700 m, l'Arac à 500. Les villages de la périphérie (Boussan, Ségalas, Ardichen, Aleu) suivent à peu près la courbe de niveau des 700 m, Saint Peÿ et Buleix sont sur celle des 600 m, Le Castet, Le Pont et Villeneuve sur celle des 500.

La chaîne des Pyrénées s'est formée par soulèvement, au début de l'ère tertiaire, de terrains sédimentaires du primaire et du secondaire. Le long de la ligne de crêtes qui sert de frontière entre l'Espagne et la France, les couches sédimentaires anciennes ont disparu, crevées par le socle de roches dures soulevées par le pincement de l'éventail qu'est le golfe de Gascogne. Au nord de cette ligne, les sols anciens, plissés, fracturés puis longuement érodés, descendent par à-coups vers les bassins de la Garonne et du Lauragais : le Couserans, adossé à l'épine dorsale de la chaîne, est situé dans la partie haute de ce relief bousculé et tourmenté.

Sur les sommets soulanais, les roches cristallines (granit, gneiss) sont à nu, le soulèvement puis l'érosion en ayant ôté le manteau sédimentaire. Puis, au fur et à mesure que l'on descend vers la vallée, les schistes puis les calcaires et le grès se généralisent, les affleurements de roches laissent progressivement la place à des poches de terre de plus en plus nombreuses et épaisses, partout où la pente et le ruissellement ne les ont pas emportées. Le fond de la vallée a accumulé tous les matériaux arrachés par l'érosion : là se trouvent les meilleures terres.

L'implantation humaine a tiré parti de cette variété de sols : les sommets accessibles servent de pâture extensive, les pentes à mince couche arable sont devenues prés à foin, et les villages, leurs champs céréaliers et leurs parcelles maraîchères se sont installés dans les zones d'accumulation des terres. Partout où la pente restait trop forte pour l'activité agricole, on a laissé proliférer des forêts que l'on exploite pour le bois de chauffe et de construction.

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 Climat

Le climat du XVIIe siècle est plus humide et froid que celui d'aujourd'hui, la période la plus critique du règne de Louis XIV étant la décennie 1690 - 1700. Il n'existe évidemment pas de relevés météorologiques systématiques pour cette époque, mais l'histoire garde la trace de phénomènes climatiques que l'on n'a jamais connus au XXe siècle.
Dans le Saint-Gironais, les vents dominants sont de nord-ouest : le « fer à cheval » des crêtes en protège Soulan, mais n'arrête pas les pluies que ces vents charrient. Parfois, le vent d'Espagne franchit les Pyrénées, entraînant de brusques variations météorologiques en quelques heures. La neige commence à tomber fin novembre, persiste deux à trois mois au creux de l'hiver à Soulan (contre une à deux semaines, au plus, de nos jours), pour ne céder la place qu'aux pluies de printemps. Les précipitations totales dépassent les 1000 mm, neige et pluie comprises (valeur à considérer avec réserve : il s'agit d'une extrapolation, non d'une mesure). Passée la mi-juin, l'été s'installe, culmine entre le 15 juillet et le 15 août, période où les températures dépassent quotidiennement les 30 et parfois les 35°, et s'attarde en une longue et belle arrière-saison qui ne prend fin qu'à Toussaint, avec le retour des premières pluies.

Le quartier d'Espoueix, en haut d'Aleu, à l'orée de l'hiver. Sur les montagnes du fond, la mince couche des premières neiges marque discrètement l'isotherme 0 °. Dans quelques jours, Aleu recevra les premiers flocons.

Le climat de l'Ariège présente d'autres particularités qui modèlent en partie la vie des habitants. Le département est soumis à plusieurs influences climatiques, selon les régions. À l'est de la rivière Ariège, le climat ressemble à celui des Corbières audoises sous l'influence des entrées d'air méditerranéennes : l'automne y est humide, le printemps doux, l'été sec, la neige rare l'hiver. À l'ouest du département, le bassin du Salat forme la pointe de l'entonnoir qu'est la plaine de Guyenne et le climat est tributaire des entrées d'air atlantiques : les automnes y sont très beaux mais les printemps pluvieux, les hivers ne sont pas avares de neige. Peu protégé par son relief érodé, le nord du département subit les deux influences alternativement.

Le relief ajoute d'autres constrastes. Dans les zones montagneuses, les premières hauteurs arrêtent les entrées d'air humide et provoquent les précipitations. Derrière cette première barrière, le temps est comme préservé pendant quelques jours, ce qui crée des différences climatiques importantes d'une vallée à l'autre. Il ne fait presque jamais le même temps à Foix qu'à Saint-Girons, comme il ne pleut jamais simultanément à Saint-Girons et à Massat pourtant distantes d'à peine vingt-cinq kilomètres. Au XXsiècle, il tombe 900 mm d'eau à Soulan et 1650 à Aulus, de part et d'autre d'une même montagne. Bien que, en moyenne, l'ensoleillement soit à peu près homogène sur le département, ces paramètres confèrent à chaque vallée (et à chaque versant) ses avantages et ses inconvénients quant à la mise en culture. Certaines récoltes (celles des fruits, notamment) sont décalées de plus d'un mois d'un côté à l'autre du département, ce qui permet aux laboureurs d'aller se placer comme employés agricoles sans s'interdire de faire leur propre récolte. Les écarts d'altitude jouent le même rôle différenciateur : à 1000 m, les récoltes se font beaucoup plus tard qu'à 400, ce qui permet aux paysans montagnards d'aller se placer en plaine.

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  Hydrographie

L'Arac traverse Soulan d'est en ouest, en décrivant un S pour contourner d'abord le Talapent puis le cap des Espinassières. Modeste rivière de montagne, il prend sa source au village d'Arac, au dessus de Massat, et parcourt une vingtaine de kilomètres avant de se jeter dans le Salat quelques centaines de mètres à l'ouest d'Ardichen. Sur Soulan il parcourt une dizaine de kilomètres avec une pente moyenne de 1 %. Peu profond, il est guéable en plusieurs endroits en saison de basses eaux, mais débite toujours assez pour alimenter le moulin du Castet. Ce dernier, à deux meules puis à trois meules à la fin de l'Ancien Régime, est le plus puissant des quatre moulins de Soulan (ce moulin est devenu le gîte « Le Moulin d'Icart » aujourd'hui).

L'Arac au niveau du quartier du Pont, entre Buleix et le Castet d'Aleu. Le pont en pierre a remplacé en 1780 une construction antérieure, en bois.

En période de crue, il est arrivé à l'Arac de monter au point d'affleurer le sommet de l'arche.

Le climat du XVIIIe siècle, plus froid que celui du XXe, peut réserver de désagréables surprises : un printemps froid et humide est synonyme de neige persistante, notamment dans la cuvette de Massat qui est ceinte de toutes parts de sommets dépassant les 1500 m. Que survienne un redoux brusque et tout le manteau neigeux fond d'un coup : d'énormes quantités d'eau, dépassant la capacité d'absorption des sols, convergent vers l'Arac qui est le seul drain de la vallée, et c'est la crue, parfois dévastatrice. Celle de 1725 emporte les trois ponts de Massat, Lirbat et Biert et inonde tout le village de Biert. Celle de 1781 est à peine moins importante, et noie encore Biert, peu protégé et construit à l'entrée des gorges de Peyremale qui font goulet.

Les affluents soulanais de l'Arac sont de simples ruisseaux : cinq sur la rive droite, deux sur la rive gauche, pour ne compter que ceux qui ne tarissent jamais. Ils alimentent en eau les nombreuses rigoles artificielles maçonnées par des générations à flanc de montagne pour irriguer les champs et alimenter les fontaines. Le rieu d'Aleu est en outre doté d'un bassin de retenue qui fait marcher par intermittence le moulin d'Aleu ; de même, deux bassins barrant le rieu de Gouas en aval de Dougnac alimentent les deux moulins de Saint-Pierre, ainsi qu'un sur le ruisseau d'Erp.

Le ruisseau de Boussan, 
à l'entrée du village homonyme.
De grosses pierres tiennent lieu de lavoir rustique d'appoint.

 Le grand moulin
du Castet d'Aleu.

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 Voies de communication

L'accès à Soulan est malaisé au début du XVIIIe siècle. Le pont qui enjambe le Salat au confluent de l'Arac (au lieu-dit Quercabanac) n'existe pas encore, pas plus que l'actuelle Départementale 618 dont le tracé apparaît sur la carte de Cassini, carte levée entre 1760 et 1780 mais qui anticipe sur la fin des travaux (la partie entre Soulan et Massat ne sera achevée qu'en 1826). En attendant la réalisation de cette route, on ne vient à Soulan que par des chemins non empierrés et passablement malcommodes, bien qu'ils desservent également Massat, peuplée d'environ 10 000 âmes, dont le marché aux bestiaux est très couru, et qui a besoin d'exporter les lingots de fer de ses mines vers les forges de Lacourt.

Le plus emprunté de ces chemins part de Lacourt, sur la rive droite du Salat, suit à mi-pente les gorges de Ribaute par leur versant nord, et aboutit à Ardichen après avoir traversé Araux, qui n'est pas alors aussi isolé qu'aujourd'hui et qui relève de la seigneurie de Soulan. Courant dans des terrains rocheux, déboisés et bien ensoleillés, ce chemin est très étroit (moins d'un mètre) mais reste sec. Taillé à flanc du cap des Espinassières qu'il contourne, il surplombe l'Arac par une pente à 40 % (100 m de dénivelé pour 250 m de distance horizontale), parfois plus, de sorte qu'il est fort dangereux par temps de neige ou de gel.

 Le chemin d'Araux à Ardichen dans son état de juin 2003. Jusqu'en 1778, c'était la principale voie d'accès à Soulan.

De nombreux autres chemins existent ; cantonnons-nous aux trois principaux :

Le chemin forestier
de Picarets à Cominac.

À l'intérieur du périmètre de la seigneurie, la circulation est plus aisée : un réseau de chemins rayonne en étoile autour de Saint Peÿ, desservant tous les villages de l'actuelle commune de Soulan. Au quartier du Pont, ce réseau se raccorde au chemin de Biert au Castet, d'où partent à leur tour les chemins d'Aleu, de Fontale et de Galas. L'ensemble totalise toutefois un kilométrage important, et demande la levée de fréquentes corvées pour être entretenu.

Panoramique du microcosme soulanais. 
L'assemblage de vues,
prises depuis le sommet du Talapent,
couvre du sud-ouest au nord-ouest
(Villeneuve marque l'ouest exact).
Aleu est hors champ, en bas à gauche,
ainsi que Galas, masqué par
la montagne de Fontale.

En 1740, le percement de la route de Saint-Girons à Massat, qui longe le Salat puis l'Arac, est décidé. Les travaux traînent à cause du relief, du climat et des inévitables problèmes inhérents à la levée et à la coordination des corvées. L'atomisation des communautés entre plusieurs intendances, fruit vénéneux du démembrement de la vicomté en 1459, gêne considérablement la maîtrise d'ouvrage. En 1778, la route atteint enfin Le Castet d'Aleu, désenclavant du même coup Soulan qui est enfin accessible en voiture depuis Saint Girons. Le prolongement vers Massat, à travers les gorges de Peyremale, n'est toujours pas achevé en 1789 (il ne le sera qu'en 1826, après plusieurs années d'interruption des travaux).

En 1779, les deux communautés - fraîchement dissociées - d'Aleu et Soulan décident de reconstruire en pierres deux anciens ponts de bois, l'un au Castet qui enjambe le rieu d'Aleu, l'autre au hameau du Pont qui enjambe l'Arac, afin d'améliorer l'accès et la circulation sur la route tout juste ouverte. Par souci d'économie, les communautés tentent d'abord de construire les deux ouvrages par leurs propres moyens, moyennant l'achat de 3 680 livres de fournitures. C'est un échec. Les travaux sont ensuite confiés à un entrepreneur pour 1 053 autres livres ; il bâtit les deux ponts que l'on utilise toujours aujourd'hui, étant convenu que les municipalités achètent (en plus des fournitures précédemment acquises) le bois de coffrage, d'étayage et d'échafaudage, ainsi que la chaux et le sable. Les travaux sont achevés en 1780.

Aleu vu depuis les hauteurs de Quelebu 
La gorge qui traverse la photo de gauche à droite est celle du rieu d'Aleu, la montagne au second plan à gauche est celle de Fontale, Galas et Picarets. Soulan ferme le paysage à droite.

De sorte que ce n'est qu'à la veille de la Révolution de 1789 que Soulan sort de son isolement relatif.

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 Faune sauvage

Bien que l'absence de grande étendue boisée d'un seul tenant fasse qu'il n'y a pas d'ours dans la seigneurie de Soulan, ces derniers sont nombreux au XVIIIe siècle dans le Couserans, notamment dans les vastes montagnes inhabitées entre les vallées du Garbet et du Salat (forêts d'Oust, d'Ercé et Aulus) et dans les hauteurs qui entourent Massat (massif des Trois Seigneurs, estives des cols de l'Hers et d'Ayens), de sorte qu'il arrive d'en rencontrer lors des déplacements. À Soulan, ce sont surtout les colporteurs transfrontaliers qui ont à craindre leur rencontre, puisqu'ils traversent la région d'Oust et Ercé pour atteindre les ports. Les autres habitants de la vallée ne voient d'ours que dans les foires, où les oussaillès (les montreurs d'ours) les exhibent moyennant monnaie.

Dans ces mêmes forêts et dans celles de Rivèrenert et de Boussenac, il y a également des loups qui, eux, sont beaucoup plus menaçants puisqu'ils descendent en meutes dans les bergeries et les estives quand ils n'ont plus rien à manger, voire jusqu'à l'entrée des villages. Il y a quelques alertes au loup à Soulan, mais ce sont encore les bergers qui accompagnaient les troupeaux dans les estives à l'ouest d'Aulus qui ont le plus à s'en prémunir : armes et chiens font partie du nécessaire. Épisodiquement, le lieutenant de louveterie organise des battues et des chasses. Les derniers loups ne disparaîtront qu'au début du XXe siècle.

 

 Le hameau de Coume, dont on ne voit ici que les premières maisons,
surplombe les gorges de Peyremale et la métairie de Bataillet, sur le dos oriental du Talapent.
Il n'était pas rare de tomber sur des loups dans les gorges de Peyremale,
où ils descendaient du bois de Montcaup que l'on voir ici en arrière-plan, de l'autre côté de l'Arac.

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© Christophe Chazot 2003
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