L'église à Thoras

 

 Le prieuré avant 1714

Thoras n'a qu'une paroisse (ou parre en langue locale), dédiée à Saint-Jean-Baptiste et dotée d'une chapelle annexe au Cheylot. Catholique, elle relève du diocèse de Mende.


Le clocher et le portail de l'église Saint-Jean Baptiste de Thoras. La route des pèlerins passe sous le porche. L'ancien château des barons touche le clocher, à gauche de la photo.
(septembre 2002)

Sa première trace écrite est une lettre de 1238 dans laquelle Etienne II de Brioude, évêque de Mende, reconnaît que la chapelle de La Valette dépend en partie du curé de Thoras. Vers la même époque, la paroisse est érigée en prieuré rattaché à la congrégation de la Chaise-Dieu. En 1272, ce prieuré et celui de Saint Symphorien (au sud-est de Thoras, dans l'actuelle Lozère) sont unis à celui de Chanteuges.

Le rôle des cinq prieurs de Thoras est d'assurer toutes les missions de l'église, notamment vis-à-vis de la population, mais aussi de gérer et d'exploiter le domaine temporel du prieuré. Le 28 août 1280, Pierre de Sinzelle, prieur de Chanteuges, obtient de Pons Douchanet un droit de pacage sur les terres de Thoras (à l'exception de la terre de Montclaux) et un droit de dîme égal à un demi-quintal de fromage par an pour chaque cabane contenant au moins deux cent quarante moutons — la « cabane » étant une bergerie.

Pendant les guerres de religion, les prieurs ont fort à faire pour protéger leurs ouailles : en 1573 le château de La Clauze tombe aux mains du redoutable capitaine Mas, qui y installe une garnison d'une centaine d'hommes. Puis c'est celui de Thoras qui est pris et incendié en 1575. La Clauze est repris pas le capitaine Bau en 1577, qui le perd immédiatement face au baron de Saint Vidal ; en 1590, il tombe aux mains des Huguenots qui y installent une garnison pour attaquer Saugues.

Malgré toutes ces tribulations, les querelles intestines de chaque parti, et le calvinisme actif des barons de Peyre-Cardaillac jusqu'en 1588, Thoras reste catholique. Il est significatif de voir les actes notariés des années 1640-1700 insister sur l’attachement à Rome dans les contrats de mariage et les testaments : par exemple, on transcrit les prières du testateur en latin (alors que tout l’acte est en français) pour bien montrer qu’il est fidèle au dogme papal, et on multiplie les adjectifs pour qualifier « notre sainte mère l’église catholique universelle apostolique romaine » afin de lever toute ambiguïté…

Pour le généalogiste, l'attachement de Thoras à l'église romaine simplifie les recherches : tous les baptêmes, mariages et sépultures sont enregistrés sur les « registres de catholicité » - dont le nom atteste une dernière fois du souci de marquer sa fidélité à Rome.

 L'affermage de 1714

En 1714 enfin, le temporel du prieuré est affermé pour neuf ans à Jean Duchampt sieur de La Croix, avocat au parlement résidant en la ville du Puy.
Le détail du bail renseigne sur les revenus du prieuré, lesquels consistent « en dîmes, cens, rentes, prés, dîmes charnels et lainages, droits et devoirs seigneuriaux et généralement tous les revenus en quoi que puissent consister » : le preneur s'engage à porter, en deux termes égaux, quatre mille livres par an à l'abbaye de la Chaise-Dieu, correspondant à la moitié des revenus du temporel du prieuré. Il s'engage en outre à verser deux cent vingt livres et trente-quatre sétiers de seigle de traitement aux curés et vicaires de Thoras, plus deux cent trente six autres livres et cinquante trois autres sétiers de seigle aux curés et vicaires de Saint-Symphorien, de Croisances et au châtelain du Chambon.

Fait significatif, Dom Benoist Jourda, procureur général de la Chaise-Dieu, fait préciser dans le bail qu'aucune calamité naturelle ne dégage le preneur de ses obligations, « de quelque manière que ce soit par grêle, gelée, vents et autres accidents » : il connaît manifestement le climat de la Margeride...

Le bail est renouvelé en 1723 (à Louis Polge, bourgeois habitant La Vialatte sur la paroisse de Saint-Symphorien), 1731 et 1740.

 

 © Christophe Chazot 2003
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